Les tests de personnalité fascinent. Après avoir répondu aux quelques questions qui composent le très célèbre test MBTI (test de personnalité le plus utilisé dans le monde de l’entreprise) la « machine » nous raconte. Nous raconte nous, ce que nous sommes, ce que nous aimons, ce que nous n’aimons pas, quel profil nous convient dans nos relations, et quel profil de nous convient pas. C’est fascinant. D’autant plus que lorsque l’on y réfléchi, nous n’avons donné à digérer à la machine qu’une portion extrêmement maigre de notre vie.
Réfléchissons maintenant à ce que nous semons aujourd’hui sur le net comme parties de nous même. Recherches Google, vidéos Youtube, statuts Facebook ou Twitter… Nous créons sur le web, pour reprendre l’idée développée par Ariel Kyrou dans son ouvrage Google God (dont vous pouvez vous avoir un aperçu dans cet excellent dossier publié sur OWNI), un avatar, une ombre informationnelle de notre propre personne.
Et ce n’est que le début ! l’internet, pour le meilleur et pour le pire s’introduit partout. Dans votre poche, dans votre imprimante, dans votre électroménager, et bientôt dans votre livre ou votre lit. Mises bout à bout, ces informations permettent d’anticiper vos besoins, vos attentes et vos envies. Elles permettent même de les orienter et d’en créer de nouvelles, en recoupant les envies des avatars de vos amis et de votre entourage. Votre double, votre avatar informationnel vit et vibre sans vous. Passez devant ce restaurant que vous ne connaissez pas, votre téléphone vous indiquera que celui-ci vous convient.
La différence entre vous et votre double, c’est que vous n’avez pas tout vu. Votre double a virtuellement tout vu.
Il a virtuellement tout essayé et connait donc ce que vous aimez sans même avoir tout essayé. Le pire dans tout ça, c’est que cela nous plait. Nous aimons ce que notre autre aime, quoi de plus naturel ? Mais dans ce processus, nous occultons la surprise, et notre avatar nous créé un destin auquel il est difficile d’échapper. Potentiellement, votre avatar existe avant votre naissance, se perfectionne, vous ressemble de plus en plus jusque-à vous contrôler.
L’immortalité numérique
La différence aussi, c’est que si vous mourrez un jour, votre avatar, lui, survit. Il est possible aujourd’hui d’ouvrir l’urne digitale, et de continuer à anticiper les envies et besoins du défunt. Peut-être nos ancêtres continueront-ils à alimenter nos avatars d’informations et de choix. Peut-être sauront-ils quels films vous aimeriez.
Bien sur, dans tout système, le bug existe. L’imprévisible, l’imprévu, ce qui en informatique serait l’erreur est constitutive de l’être humain. Et il est finalement plutôt fascinant et paradoxal de se dire que l’imprévisible et le bug sont au fond peut être les garants de notre libre-arbitre. Il ne s’agit bien sûr pas de dresser un constat alarmiste; Internet est probablement le plus bel outil donné à l’être humain depuis l’imprimerie. C’est également un outil de libération et de prise de conscience incontournable; les évènements au Maghreb ou en Iran, relayés sur Twitter en sont un exemple parmi tant d’autres. Reste que la prise de conscience de ce que nous laissons de nous même sur le net est vitale. Il revient aussi aux états ainsi qu’aux entreprises possédants ces données de réguler leurs usages. Enfin, il revient aussi à l’utilisateur de comprendre les limites du gratuit. A quel point sommes-nous prêts à utiliser nos informations en guise de dollars ?
Excellent article! Je te conseille « Informatique, libertés, identités » de Daniel Kaplan se rapprochant de ton sujet.
Je pense par contre qu’on peut inclure le processus de la surprise au sein du cyber-moi autrement que par l’erreur. Ne pourrait-on pas imaginer un algorithme qui fasse mentir de façon délibérée notre autre moi ou qui lui ordonne de cacher la vérité ou de ne la dévoiler que partiellement? Ceci avec une fréquence qui nous permettrait à la fois de faire confiance au cyber-moi et d’être « sujet » à la surprise.
Il pourrait nous faire croire, par exemple, quand nous cherchons une boulangerie le dimanche matin, qu’il n’y a que des librairies autour de nous. En nous baladant nous retrouverions la joie immense de la surprise en trouvant la boulangerie du quartier. Cette magie serait d’autant plus renforcée si cette fonction restait cachée de l’utilisateur final. Bref Vive la cyber-déconnade algorithmée!
Je viens de voir le synopsis du livre qui a l’air pas mal du tout en effet … Si tu l’as dans tes stocks, pourrais-tu me le prêter la prochaine fois que l’on se verra ?
Sur le fond, ca peut être effectivement une solution de laisser une place au hazard dans les algorithmes. Genre Google pourrait avoir 10% de résultats « déviants » par rapport à la « bulle filtrante » de chaque internaute.