Cet article est écrit par Pierre Bellanger, fondateur de Skyrock et auteur du livre « La souveraineté numérique » autour duquel nous nous sommes entretenu il y a quelques mois lors d’une Confession Mutine. Nous avons sympathisé et voila qu’il publie sur notre blog :
L’informatique, les services et réseaux numériques sont entrés dans une phase de remplacement de la société telle que nous la connaissons. Par leur efficacité, par la facilité qu’ils apportent, par les gains de productivité qu’ils permettent, ces services en réseau captent une part de la valeur économique globale de plus en plus conséquente. Ce transfert ne s’accompagne pas cependant, de leur part, d’une réinjection équitable de ressources dans la société. En effet, puisque les grandes entreprises du réseau ont leur centre de gravité ailleurs, c’est cet ailleurs qui s’enrichit tandis que leurs périphéries étrangères, sous tutelle, s’appauvrissent.
Cette désintégration remettra en cause notre modèle social et le tissu de notre économie. Il est peu vraisemblable que notre démocratie résiste à cette épreuve. Et pourtant, il faudra bien qu’une forme politique demeure, tant pour assurer le devenir de quelques-‐uns, et de chacun, et surtout pour permettre la continuation du processus de transfert.
Bien sûr, une telle réflexion politique impliquerait pour sa conception et son exécution une malveillance préméditée et concertée publique et privée à très haut niveau, ce que nous avons peine à imaginer. Il est certain cependant que la question est ou sera posée.
La clôture, la dictature ne sont plus des solutions dans nos sociétés ouvertes. Il faut conserver la démocratie. Enfin presque.
La surveillance informatique du comportement de chacun fournit une telle somme de données individuelles qu’il est possible de détecter et d’anticiper les comportements rebelles, la propagation d’idées dangereuses, voire les projets d’associations séditieuses menaçant les réseaux établis.
Si le dissident décelé ne peut être gentiment dissuadé par des lectures, des films et des séries suggérées, des articles de presse filtrés, de nouvelles relations calibrées et toutes sortes d’opportunités appropriées, il sera isolé, diminué, affaibli, sali, délégitimé et calmé d’une manière ou d’une autre. Les seuls outils informatiques le permettent, sans heurt et sans trace. Une réputation sur un moteur de recherche, des altérations de messages afin qu’ils fâchent ou éloignent ; des présences et absences sur des réseaux sociaux qui décrédibilisent et déstabilisent ; des documents et des données qui apparaissent ou disparaissent, jusqu’à rendre fou.

Si l’on reprend une estimation de la proportion de résistants en France pendant la Seconde Guerre mondiale, qui concerne un cas extrême d’invasion étrangère, la subversion active ne concernera au plus que deux pour cent de la population. Soit un million trois cent mille personnes. Seule une faible partie, un pour cent peut-‐être, devra être éliminée en douceur par un éventuel accident d’origine informatique, comme un guidage automobile défectueux ; les autres, assaillis de petites difficultés, se résoudront à retrouver la sérénité. Soit environ douze mille personnes à supprimer, probablement sur quelques années. C’est à mettre en regard d’un peu plus de trois mille deux cents morts par an d’accidents de la route, de dix mille disparitions non élucidées chaque année en France et de plus de soixante-‐dix mille morts annuels du tabac pour notre seul pays.
Il y aura toujours des élections, des joutes politiques et des ambitions de réforme mais rien, rien ne remettra en cause le cœur du système de mainmise numérique. Le plus grand nombre se considérera sincèrement en démocratie. La minorité récalcitrante sera atrophiée à la racine et sans bruit. Qui refusera alors ce sacrifice ? Qui voudra s’embêter ou s’attirer des ennuis ? Ce sera la quasi-démocratie.
Pierre Bellanger
« Le bouton qui accélère la fermeture des ascenseurs est un placebo destiné à donner l’illusion à celui qui appuie dessus qu’il participe du mouvement de l’appareil. » – Slavoj Zizek.
Le philosophe slovène y voyait une métaphore du processus politique post-moderne dans lequel le vote des citoyens est tout aussi illusoire puisque ceux-ci sont appelés à choisir entre des candidats qui, fondamentalement, proposent les mêmes choses.
« La Politique c’est vous ! » http://www.leblogdelamenagere.info/
Le Blog de la Ménagère : »Partout en France des séminaires, des agoras, des forums, des initiatives où étincellent la parole et surtout l’action, et l’imagination des citoyens, entreprises, associations, collectifs. Et ça marche. Les gens se démènent pour l’emploi, pour une vie meilleure, pour une planète habitable, pour faire émerger l’innovation ou faire respecter la tradition. De l’imprimante 3D aux églises de village. a échange, ça partage, ça interagit, ça compare, ça invente, ça VIT et ça BOUGE. »