Les valeurs du coworking 4/5 : Accessibilité

Nos pérégrinations autour des valeurs du coworking se poursuivent, nous nous penchons à présent sur l’accessibilité.

Après avoir traité l’ouverture dans de notre précédent billet, écrire sur l’accessibilité peut paraître redondant. Il existe pourtant des différences entre les deux notions. Quand on pose la question de l’accessibilité dans le cadre du coworking, il s’agit avant tout de comprendre les raisons qui peuvent nous pousser à sortir de chez nous pour travailler. Mais aussi de savoir comment « choisir » les gens avec qui nous voulons le faire. Que recherchent vraiment les coworkers quand ils se rendent dans leurs espaces ?

Quand tu veux, où tu veux et avec qui tu veux

Les entreprises traditionnelles reposent souvent sur une logique de rationalité froide et les questions humaines passent au second plan. Il s’agit plus de s’adapter que de participer. Leurs employés ne sont libres ni de leurs horaires, ni de leur espace de travail. Ils ne sont pas libres de choisir leurs collègues. Ils forment trop rarement une communauté de valeurs, facteur pourtant fondamental pour travailler ensemble efficacement.  On leur demande de s’asseoir tous les jours au même bureau, à la même heure, avec les mêmes collègues. Leur travail est valorisé à l’heure de présence. Et on espère qu’ils seront en pleine forme, heureux, dynamiques, créatifs, bref, productifs …

Traditionnellement, on va au travail. Cette  manière de procéder vient surtout d’habitudes héritées de l’âge industriel pendant lequel la production n’était possible que par la rencontre, dans un même espace, des deux facteurs de production que sont le travail et le capital. Nous étions unis autour de la machine mais maintenant que nous sommes de plus en plus nombreux à en posséder une personnellement, nous ne nous réunissons plus pour les mêmes raisons.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui peuvent travailler de n’importe où avec un ordinateur portable, un téléphone et une connexion internet.

Dans ces conditions, « Le travail n’est plus un lieu, c’est ce que l’on fait ».

Voici une phrase que l’on ne répètera jamais assez car elle illustre bien la nouvelle donne et remet en cause notre rapport à l’espace de travail.  Si le lieu de travail, n’est plus une condition indispensable à la production, pourquoi avons-nous encore besoin de nous rassembler pour travailler ?

En offrant aux travailleurs nomades un lieu libre d’accès, flexible, ouvert, à proximité des lieux de vie, les espaces de coworking répondent à cette question d’une manière originale : Ce n’est pas seulement la mutualisation des moyens qui est recherchée, mais aussi la mutualisation des compétences, des idées, des énergies et des réseaux pour le bénéfice de tous.

Au sein même de l’espace, cette valeur d’accessibilité se retrouvera par exemple dans le principe des postes de travail « open desk » (les coworkers peuvent s’installer où ils le souhaitent), dans la possibilité pour chacun de venir à l’heure qu’il souhaite, à la fréquence qu’il préfère. Les coworkers peuvent également changer régulièrement d’environnement et alterner entre leur espace de coworking, leur domicile et leurs clients.

Un espace de coworking est l’un des rares lieux de travail où chacun se rend  librement quand il veut. Un tel environnement, constitué de gens volontaires, enthousiastes et ouverts est un lieu prodigieusement productif et positif. Ceux qui s’y trouvent sont forcément dans de bonnes dispositions pour travailler, échanger, apprendre, partager, progresser…

Autosélection

« On peut coworker de n’importe où, dans un salon, dans un parc ou même dans les bureaux d’un autre » écrit Alex Hillman. Mais l’élément commun entre ces façons de faire, c’est l’autosélection. C’est l’autosélection qui garantira qu’on aura accès aux bonnes personnes et qu’on trouvera dans un espace les conditions de confiance et de proximité qui permettent vraiment de valoriser les compétences les idées et les énergies.

En 4 ans, les fondateurs d’Indy Hall ont eu beaucoup de bonnes surprises avec leurs coworkers. Certains, pouvaient paraître trop inexpérimentés, trop timides, trop bavards … mais au bout de quelque temps, ils avaient progressé personnellement et professionnellement. D’une part, cela fait très plaisir et de l’autre, cela incite à la pondération quant au jugement que l’on porte sur ceux que l’on ne connait pas…

L’autosélection fonctionne également dans l’autre sens. Un jour, quelqu’un s’est présenté à Indy Hall. Alex Hillman connaissait quelques histoires nauséabondes sur le compte de cette personne et ne voulait pas qu’il puisse rejoindre Indy Hall mais Geoff l’associé d’Alex l’a convaincu :

« Si l’on commence à ne pas laisser venir des gens parce qu’on ne les aime pas, quel genre de précédent allons-nous créer pour les autres ? Nous voulons faire d’Indy Hall un lieu où tout le monde peut se sentir bienvenu, sentir qu’ils peut appartenir et contribuer à quelque chose de fort. » L’idée était de donner une chance à chacun et de voir ensuite si la sauce prend. »

Au bout d’à peine deux mois, cette personne avait cessé de venir dans l’espace. l’auto sélection avait opéré.

Consulter les autres articles de la série :



 

  1. Baptiste Répondre

    Hello,

    Je comprends la notion d’accessibilité de l’espace – une accessibilité physique, qui en retour valide la communauté puisqu’elle met en scène le caractère « choisi » à tous les instants: « j’accède au lieu par choix, pour être entouré de personnes qui ont fait ce même choix ». L’accessibilité devient un moteur, un fondement du coworking.

    Par contre, le parallèle avec l’entreprise et « l’auto-sélection » me dérange un peu plus.

    > Pour l’entreprise, je partage complètement la vue qui dicte que, maintenant que notre « outil de production » est en gros constitué d’un clavier et d’un écran, on doit pouvoir choisir son lieu de travail, entre bureau, domicile, et tiers-lieu. Mais dans la démonstration, on jette le bébé en costard avec l’eau du bain corporate un peu vite… En gros l’entreprise est la forme archaïque d’organisation qui porte avec elle tous les maux hérités des dérives de rationalisation des forces de production. Et on passe tout de suite à l’exemple du travailleur nomade qui trouve son refuge dans un coworking…

    Mais tout le monde ne peut pas devenir un travailleur nomade, un indépendant, ou un entrepreneur qui choisi ensuite son lieu de travail et sa communauté. Quid de l’entreprise? Doit-elle rester dans son coin à voir ses employés décrépir en pointant tous les jours les cernes sous les yeux et la mort dans l’âme?

    Il me semble que la transformation de l’entreprise vers ces modes de travail « choisis » est une problématique aussi importante que les transformations que vous décrivez. Le salarié qui « choisi » d’aller travailler au bureau 2/3 jours par semaine, parce qu’il a organisé ses réunions ces jours là, parce qu’il a envie de voir les gens au bureau qui sont devenus des amis malgré leurs différences, querelles ou effets néfastes de la sclérose bureaucratique, n’est-il pas aussi libre qu’un coworker classique?

    Et pour les 2/3 jours où il ne travaille pas au bureau, ne doit-il pas avoir accès à des lieux type coworking pour rencontrer d’autres gens, pour « choisir » d’autres communauté, non exclusives?

    > Sur l’autoselection, le point que j’aimerais bien creuser un peu est « sur quelle base se fait la sélection des membres » (et sans doute est-ce abordé dans d’autres articles, mais je vois très bien la vertu d’ouverture et d’intégration de membres qui n’ont pas le « profil idéal » pour leur permettre de progresser, de s’intégrer, et d’influencer en retour sur la communauté qu’ils intègrent.

    Mais les cas « d’exclusion » doivent exister – on accepte pas toujours tout le monde dans un coworking – n’y a-t-il pas un risque d’une dérive « élitiste » dans laquelle on oppose à l’ouverture de façade une tour d’ivoire pour une minorité – du coup inadapté à un changement en profondeur de nos sociétés?

    octobre 17th, 2011
  2. William William Répondre

    hello Baptiste et merci de ton commentaire,

    Loin de moi l’idée de considérer l’entreprise comme une forme archaïque du travail. Je pense simplement que l’entreprise doit savoir s’adapter à cette nouvelle donne numérique et mieux assimiler le fait qu’aujourd’hui, ce qui fait le succès des bureaux d’entreprise (pour les emplois qui ne nécessitent pas une présence permanente), ce n’est pas tant la mutualisation des moyens mais la capacité de leurs espaces de travail à démultiplier l’énergie, la créativité, l’implication de leur personnel. Certaines entreprises ont compris cela, (Google, Apple…) d’autres n’attendent que LBMG WorkLabs pour cela :-)
    Je serais au contraire tout à fait ravi que les entreprises reprennent les valeurs et les éléments qui font le succès des espaces de coworking.

    Concernant ta remarque sur l’autosélection, je crois que dans un mode de fonctionnement qui fait appel à la collaboration, la confiance et l’ouverture, un minimum de élection est nécessaire. Ce n’est pas de l’élitisme; le but est simplement d’éviter les passagers clandestins qui pourraient profiter de cet environnement avantageux pour leur seul profit.

    Et,pour te donner un ordre d’idée du « rythme d’exclusion », Alex Hillman qui a fondé l’Indy Hall de Philadelphie, dit que ce scénario ne s’est produit que 2 fois en 4 ans d’existence. Ca reste très rare donc …

    octobre 17th, 2011

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